Hockey sur glace – Division 2 – Huitième de finale (match 3)
Dominer n’est pas gagner

Romain Réal
Annecy, patinoire Jean Régis, 600 spectateurs. Arbitrage : Germaneaud, Peuriere, Pysniak, Kirschenbaum.
Orléans bat Annecy 2-1 (0-1, 0-1, 1-0)
Annecy : Laplace (Gusevas, 57’21”), 48 tirs cadrés, 6 tirs adverses contrés, 16 arrêts de gardien (88,9%), 4 min de pénalités. Entraîneurs : Lapointe, Bouffier.
Orléans : Vitols (16’12”), Holbert (21’06”), 18 tirs cadrés, 26 tirs adverses contrés, 47 arrêts de gardien (97,9%), 8 min de pénalités. Entraîneurs : Ledigarcher, Shafeev.
Celui qui gagne continue, celui qui perd termine sa saison
Ah, la tension des playoffs et son couperet, ces phases éliminatoires qui font le charme des sports américains dont fait partie le hockey sur glace. Les Chevaliers du Lac d’Annecy disputaient le troisième match de leur huitième de finale contre les Renards d’Orléans ce dimanche à 18h30 à la patinoire Jean Régis, une belle après deux matches très serrés à chaque fois remportés par l’équipe qui se déplaçait. Celui qui gagnait poursuivait sa route en quarts de finale contre Montpellier, celui qui perdait voyait sa saison se terminer, la loi du mois de mars peut être magnifiée ou tellement cruelle dans le hockey français.
Après le jeu de lumières, l’excellente vidéo de présentation des joueurs sur fond de hard rock et d’images de mises en échec et la Marseillaise, les soixante minutes de hockey pouvaient débuter avec donc un enjeu majeur. Les locaux prenaient clairement le contrôle de la partie en passant les quatre premières minutes presque exclusivement en zone offensive. Orléans paraissait attentiste, regroupée en défense, plus lent que son adversaire et peu enclin à la prise de risque. Lamboley, Lardy, Thomson et Hagopian envoyaient les premiers lancers sur le gardien Jones et confirmaient les entrées faciles en zone offensive et la domination totale dans l’exercice du faceoff.

L’efficacité froide des Renards
Il fallait une mauvaise charge dans le dos de Gusevas sur Holbert pour faire rentrer les Renards dans le match avec un “powerplay” bien installé. Quelques secondes après le retour sur la glace du défenseur lituanien, Annecy commettait une de ses premières erreurs dans la zone neutre et le troisième meilleur pointeur du championnat en saison régulière Vitols en profitait pour déclencher un tir très rapide en fixant le seul défenseur haut savoyard présent qui masquait le gardien Gaubert (0-1, 17e). Les six cents spectateurs du soir ne comprenaient pas comment un tel déséquilibre dans la possession, le jeu et l’impression donnée par les deux équipes pouvaient aboutir à un tel score à la fin du premier tiers.
Un constat qui allait encore s’amplifier tout au long de cette soirée spéciale. Malgré le déboulé de Yarovinsky seul sur la gauche en retour d’intermission, c’est bien Orléans qui doublait la mise avec un copier coller de la première réalisation ; cette fois-ci avec Dufour dans le rôle de l’erreur de contrôle en zone défensive et le rapide Holbert pour fixer Gaubert en bas et relever son lancer du poignet (0-2, 22e).
Les Chevaliers du Lac reprenaient le siège de la cage de Jones avec trois tirs consécutifs de Myllykoski puis deux attroupements finalement stériles dans le slot visiteur. Les Renards montaient le curseur physique, redressant la barre dans le pressing et les faceoffs de façon à provoquer de plus en plus d’imprécisions dans les relances et les entrées en zone annéciennes. Hugo Jones devait cependant sortir son vingt-cinquième arrêt sur Laplace après une sortie de faceoff rapide secteur central (30e). L’impression de vitesse et de supériorité technique penchait pour Annecy mais Orléans progressait clairement dans sa partie au fil des minutes. Après un temps faible interminable, Bertrand puis Holbert étaient pénalisés successivement pour offrir une longue supériorité numérique aux coéquipiers de Thomson qui manquait le cadre après un superbe travail collectif annécien dans les dernières secondes du deuxième tiers.

Deux minutes d’espoir pour changer la saison
Jones sortait un “glove save” sur les incursions de Yarovinsky et Eyre en “powerplay” et un bout de botte sur Myllykovski à la bleue. Yarovinsky faisait deux fois le tour de la zone offensive grâce à sa maîtrise technique mais ne cadrait pas son tir. A chaque fois qu’un Chevalier du Lac croyait s’être démarqué et avoir le champ libre, un Renard se jetait pour le contrer. Orléans ne semblait que défendre et sortir le palet mais, à la quarante-cinquième minute, enregistrait déjà vingt tirs adverses bloqués, preuve d’une remarquable débauche d’énergie. Burkits puis Holbert manquaient le K.O. à deux reprises (51e), Thomson depuis sa cage puis Gusevas et Yarovinsky en desperados et enfin Papa sur un rebond devant cage vide (55e) ne trouvaient pas les filets. Il fallait attendre le quarante-sixième tir annécien de la soirée et une des rares erreurs de relance loirétaine pour voir Gusevas remettre le palet devant le slot et Laplace armer un tir rapide et efficace (1-2, 57e).
Les deux dernières minutes étaient bouillantes car un but annécien pouvait changer le sort de toute la saison. Le public le sentait, le coach Lapointe sortait son gardien pour provoquer une supériorité numérique en cage vide. Papa manquait une déviation, Bertrand trouvait le poteau sur la cage vide haut-savoyarde et les travailleurs orléanais laissaient s’égrener les dernières secondes le palet dans les patins le long de la balustrade.

Au buzzer, les Rouge et Jaune s’offraient une célébration à la hauteur de leur exploit, celui d’un club qui n’avait jamais gagné un match de playoffs de son histoire avant ce week-end sur les bords du lac d’Annecy et d’une équipe qui a fait preuve d’une discipline et d’une débauche d’énergie à toute épreuve devant un gardien serein et brillant, le tout à peine un mois après la démission de son entraîneur Holmstrom et la blessure d’un de ses meilleurs joueurs Shafeev qui a assuré l’intérim sur le banc avec le manager Ledigarcher. Hugo Jones a arrêté quarante-sept des quarante-huit tirs adverses pour un total d’arrêts de 97,9% qui viennent s’ajouter aux vingt-six tirs contrés par les défenseurs. C’est aussi ça le hockey.
De l’autre côté de la glace, les têtes étaient basses, les genoux au sol et le silence triste. Le sentiment d’avoir manqué le coche après une telle domination dans le jeu et surtout en étant qualifié à cinq minutes de la fin du match numéro 2 la veille (à 5-4 avant que Burkits et Ransbotyn n’inversent la situation). Bien sûr que Annecy aurait aimé mieux faire pour sa huitième saison consécutive au troisième échelon du hockey français après avoir bien terminé la saison régulière, généré un fort enthousiasme dans les tribunes et dans sa communauté et probablement avoir pensé mériter de franchir ce huitième de finale si particulier.
